Au sujet de la rencontre avec le ministre de la Santé

Au lendemain de la parution dans Le Devoir d’un article sur l’association entre le taux d’occupation des urgences québécoises en 2005 et la mortalité à 30 jours (Increases in Emergency Department Occupancy Are Associated With Adverse 30-day Outcomes, Jane McCusker, MD, DrPH, Alain Vadeboncoeur, MD, Acad Emerg Med 2014;21:1092–1100), l’AMUQ recevait l’invitation de rencontrer le ministre de la Santé. On nous a expliqué que notre demande de rencontre la suite de l’élection du printemps avait été par erreur mal classée…

La rencontre a eu lieu le 17 novembre 2014. Une délégation de quatre médecins de votre conseil d’administration s’y est rendue. Avec un peu plus de 30 minutes en retard, le ministre s’est présenté pour discuter avec nous des quatre points que nous avions mis à l’ordre du jour :

1. Les PREM. Nous avons exposé nos inquiétudes face à la diminution des postes MU3 annoncée pour 2015. Nous avons expliqué notre vision d’un médecin d’urgence de carrière par opposition au médecin à temps partiel, alors que certaines régions obligent même les médecins MU3 à donner des disponibilités pour du bureau de première ligne pour l’obtention d’un PREM. Le ministre a dit que le problème était la double voie de formation pour pratique pour la médecine d’urgence et ne semblait pas être au courant du groupe de travail de l’ACMU qui se penche sur le futur de la formation en médecine d’urgence, malgré notre correspondance à cet effet au printemps. L’accent au MSSS est sur le renfort de la première ligne, au détriment des certificats de compétence ou même des spécialités.

2. Les échographies compactes. Le ministre nous a indiqué que la directive ministérielle limitant le nombre d’appareils disponibles pour les urgences venait du fait que nous demandions pratiquement « un appareil par médecin » et qu'il ne voulait pas que nous fassions des « cliniques d’échographie ». Nous lui avons rappelé qu’il est inacceptable de limiter l’achat aux urgences de plus de 20 000 visites et de limiter les départements à un seul appareil, et que nous n’avions pas reçu de réponse claire que cette directive allait être retirée. Il se pliera aux recommandations du guide de pratique qui sera publié par le Collège concernant l’usage de l’écho.

3. La congestion des urgences. Nous lui avons demandé sa vision des solutions au problème. Sa réponse : « les urgences c’est la même histoire depuis longtemps ». Il saisit bien cependant que le problème se situe en amont et en aval de l’urgence plutôt qu’à l’urgence même. Il compte agir sur la première ligne et poursuivre les interventions qui libèrent les lits hospitaliers des patients souvent plus âgés qui n’ont plus besoin de soins aigus. Il a mentionné l’obligation des consultants à répondre rapidement aux consultations à l’urgence.

4. L’impact du projet de loi no 10 sur les urgences : « aucun ». Pas de chambardement des milieux de pratique, mais un meilleur épaulement des centres entre eux. Par contre, il a fait allusion à des interventions qu’il allait mettre en place, mais bien sûr il n’a pas voulu en dévoiler l’essence.

En conclusion, pas de surprise de la part d’un ministre dont l’approche est plus sous le signe d’un régime totalitaire. Voir le texte suivant pour les développements suivant le dépôt du projet de loi no 20.

Bernard Mathieu, M.D.
Président